Storytelling : rendez vos prestations inoubliables !

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La dernière fois que vous avez appris quelque chose lors d’une présentation, vous vous en rappelez ? Qu’avait fait votre interlocuteur ? Dans la plupart des cas, il vous a semblé naturel, passionné, voire drôle. Je parie que vous vous souvenez des anecdotes tirées de son discours. Vous ne vous souvenez que de cela d’ailleurs… C’est parce que le succès d’un dis(cours) tient en grande partie de l’émotion partagée entre l’orateur et l’auditoire.

Si vous avez cliqué pour lire cet article, c’est que vous avez besoin de concevoir une présentation / un cours, que voulez comprendre comment raconter des histoires partageables et mémorables. Après diverses lectures sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur, je tiens à partager avec vous la méthode du storytelling, celle utilisée par les professionnels de la communication et les scénaristes des séries à succès comme Desperate Housewives. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il s’agit d’une méthodologie applicable à tous les types de présentations, mais qui demande une certaine rigueur et de la passion. Il faut toujours vous imaginer que votre public a payé sa place pour venir vous écouter.

Cette méthode se fonde sur une structure narrative et s’apparente à celle des contes. C’est ce détail, qui peut paraître naïf, qui permet de faire passer un récit transmissible, de valoriser vos idées et de créer de l’attachement, de l’adhésion, voire de l’identification de la part de l’auditoire. Il faut rappeler que la confiance et l’engagement sont les valeurs-clé de demain : c’est cela qui créera de la valeur pour une entreprise/organisation/école…

J’ai filé une métaphore tout au long de cet article pour vous permettre de bien visualiser chaque étape de cette méthode.

 

ÉTAPE 1 : DÉFINISSEZ L’ANGLE DE VOTRE PRÉSENTATION

Une présentation réussie comporte obligatoirement un angle (= intrigue = problématique), dans le jargon des storytellers : le « pitch ». C’est l’idée essentielle de ce que vous voulez dire résumée en une phrase, le message clé. Il n’est pas nécessaire qu’il soit bien tourné (il ne figurera pas explicitement dans votre présentation) mais il doit être formulé simplement et comporter les éléments de détails nécessaires à sa compréhension. C’est votre guide durant votre présentation, qui vous rappelle où vous allez et vers où vous emmenez votre auditoire.

NB1 : Une présentation = Une (seule) histoire = Un (seul) pitch

NB2 : La structure de la phrase de votre pitch se compose de trois parties

-       « Quoi ? ». C’est votre sujet. (Cendrillon doit sortir du château pour échapper à l’emprise de sa belle-famille et à sa condition misérable)

-       « Comment ? ». Il s’agit des moyens, du dispositif, des actions à mener. (Sa marraine/fée et souris/amie vont lui permettre d’aller au Bal du Royaume)

-       « Pour ? ». C’est le but à atteindre. (Cendrillon va trouver l’amour et recouvrer sa liberté)

 

ÉTAPE 2 : DÉFINISSEZ LE PLAN DE VOTRE PRÉSENTATION

Une présentation storytellée, autrement dit une histoire, se raconte toujours en utilisant la technique du schéma narratif. Ca vous dit quelque chose ? C’est un truc qu’on a plus ou moins enfoui dans notre mémoire et qu’on a appris en classe de 4e

 

Piqure de rappel ! (aïe ça fait mal…)

Situation initiale

Elément perturbateur

Péripéties

Eléments de résolution

Situation finale

 

Adapté au storytelling, il convient de sauter l’étape « péripéties » pour des soucis de clarté. Le schéma que vous devez suivre est donc :

Situation initiale

Elément perturbateur

Eléments de résolution

Situation finale

 

Situation initiale : (Cendrillon est enfermée dans un château et fait la boniche pour ses demi-sœurs et sa méchante belle-mère)

C’est le contexte, le décor de votre histoire. Une bonne situation initiale doit être déséquilibrée car le déséquilibre sert à capter l’attention de votre auditoire dès le début, à créer l’envie d’en savoir plus.

Elément perturbateur : (Un Bal est organisé au Royaume. Comment Cendrillon va-t-elle pouvoir sortir de ce château pour y aller ?)

C’est l’aspect le plus important de la présentation. Il correspond au point de tension entre situation initiale et situation finale, et prend la forme de LA bonne question à poser, la problématique que vous vous proposez de résoudre.

Eléments de résolution : (La marraine/fée de Cendrillon lui fait une robe et un carrosse pour lui permettre d’aller au Bal)

C’est ce qui permet de résoudre la question posée juste avant, c’est votre thèse, votre idée, votre proposition (cette partie doit répondre au « quoi ? » de votre pitch).

Situation finale :

C’est ce qui propose un nouveau paradigme, un nouveau regard, bénéfique et positif pour votre public. Il se structure en deux temps :

-       le déploiement opérationnel, c’est-à-dire les actions à mettre en place pour réparer le déséquilibre initial, ce qui correspond au « comment ? » de votre pitch (Cendrillon a rencontré le Prince mais les souris/amies de Cendrillon doivent la libérer de sa chambre pour lui permettre d’essayer la pantoufle de verre retrouvée au Bal…)

-       la description des résultats attendus, des objectifs à atteindre, ce qui correspond au « pour ? » de votre pitch. (… Cendrillon parvient à chausser la pantoufle de verre, ce qui permet au Prince de la reconnaître. Cendrillon épouse le Prince, elle est libre.)

NB1 : Eteignez votre ordinateur. Dessinez le tableau du schéma et remplissez-le de façon exhaustive. Cela permet de vous poser les bonnes questions et de ne rien oublier.

Situation initiale

Elément perturbateur

Eléments de résolution

Situation finale

 

NB2 : Commencez par remplir la case « situation finale », c’est la plus facile car c’est là où vous voulez en venir. Ensuite, remplissez la case « élément de résolution », c’est aussi plus facile puisque, connaissant votre situation finale, vous savez comment y parvenir. Enfin, faîtes se regarder en miroir la situation finale avec la situation initiale et les éléments de résolution avec l’élément perturbateur pour pouvoir remplir les dernières cases. Elles doivent se faire écho.

 

ÉTAPE 3 : AJOUTEZ LA TOUCHE ÉMOTIONNELLE

Dans toutes les histoires, il y a toujours des personnages et il y a toujours des gentils et des méchants. C’est ce qui permet l’attachement et l’identification, en somme l’adhésion de votre auditoire à votre discours.

Deuxième piqure de rappel ! Programme collège…

Il y a 3 types de personnages à définir pour votre histoire : le héros, les opposants et les adjuvants. Ces personnages, vous devez les greffer à votre schéma narratif.

Le héros : (Cendrillon)

C’est votre personnage principal, celui qui agit, qui a un objectif, celui que le public va suivre. Attention, ce n’est pas nécessairement un être humain. Adapté au storytelling, ce héros peut être un personnage bien sûr mais aussi une entreprise, une organisation, un événement, une marque, une idée, un produit, un projet… Peu importe ! Mais pour être sûr d’avoir bien identifié le héros de votre histoire posez-vous les critères suivants :

-       je vais parler de lui du début à la fin

-       il a un besoin qui doit être comblé

-       il va subir une transformation

Il est important de bien le décrire pour le faire aimer du public. Faites comprendre ses forces, ses faiblesses, son histoire… et associez-lui une quête (Quête d’amélioration, de changement, de transformation) ! C’est ce qui permet de déclencher l’identification. Bien entendu cette quête doit être valable et le public doit être de votre avis sur son bénéfice.

Les opposants : (Les demi-sœurs et la belle-mère de Cendrillon)

Ils sont les obstacles à la quête de votre héros et permettent donc de mettre ce dernier en lumière. Rappelez-vous qu’ils ne doivent pas être invincibles, sinon votre héros ne sera pas crédible. Ils sont des obstacles, pas une malédiction. Et là aussi, le public doit partager votre avis sur leur nature d’obstacle. Les opposants servent donc à construire la tension de votre discours et à mettre en avant votre héros : cela appose une intention dramatique à votre histoire, la rend plus vivante, et donne envie de se battre pour la quête du héros.

Les adjuvants : (La marraine/fée et les souris/amies de Cendrillon)

Ils sont les aides que trouve le héros. Attention, ils ne sont pas la solution mais les éléments qui mènent à la solution. Ils sont des leviers qui permettent d’atteindre la quête du héros.

NB : Toujours démarrer votre présentation par la description du héros, ce n’est pas innocent c’est le point d’ancrage du public qui permet l’identification. Votre public doit rentrer dans votre présentation comme dans un film.

Le conte de Cendrillon est une métaphore pour illustrer la technique du storytelling mais sachez qu’elle est adaptable à toute histoire/présentation et que vos « personnages » peuvent être de nature très diverse.

A vous de jouer ! Transformez vos présentations en histoires qui se partagent…

5 étoiles

  • albertomed

    J’aime bien cet exemple, et vos explications. C’est très clair. Je suis formateur santé et j’utilise ce que je sais du storytelling dans mes présentations. Tout en médecine n’est pas storyable mais ça fait « entertainment » et ca semble plaire. Merci, j’en redemande.

    • Laurène Castor

      Merci beaucoup !

  • http://www.greensi.fr Frédéric CHARLES

    Très pédagogique, bravo!

  • Mikaël Cabon

    Bonjour Laurène, présentation intéressante du storytelling. Cela correspond bien à des présentations courtes ou très anglées. Est-ce que c’est adaptable à un cours plus long, 1h30-3h, je ne suis pas certain. Il y a là alors un mix à trouver entre les techniques narratives du storytelling et la nécessité d’apporter un contenu clair et marqué en termes de connaissances académiques sur l’instant (le cours) comme lors d’une consultation après le cours (ce qui rend parfois des présentations très vivantes et visuelles en live, totalement inopérantes sans le narrateur en face de soi).
    Merci en tout cas pour votre blog qui pose des questions ou traite de sujets pertinents.
    Mikaël Cabon
    Enseignant à l’Isen Brest

  • JeSuisPasseParIci

    Approche intéressante et irritante à la fois; on voit bien le risque de glissement, persuader plutôt que démontrer. C’est agréable sur le moment, mais les présentations de ce type qui m’ont formellement le plus marqué m’ont laissé un goût un peu amer ensuite : non pas qu’ai je appris, mais qu’ai je appris de solide, fondé, équlibré. N’ai je pas perdu mon temps, c’est la question qui tue. Il me semble que l’approche narrative n’évite pas la question, mais repousse le moment où on se la pose.

  • Jacques Perconte

    Attention au storytelling-simulacre

  • Eric

    Bravo pour cet article ! Clair, simple et efficace :)

  • Bernard Lamailloux

    Une fois de plus Laurène nous donne à voir et à intégrer quelque-chose de directement utile et exploitable, le tout avec le sourire. Que demander de plus ?

    Pour ma part je vais m’empresser de signaler et bookmarker cet article un peu partout… en souhaitant qu’il y en ait encore longtemps d’autres du même tonneau :-)

    • http://laurenecastor.com/ Laurène Castor

      Merci beaucoup Bernard ! :) J’ai essayé de faire assez court pour respecter le format d’un article et j’avais peur de ne pas être assez claire, mais si vous avez des questions, n’hésitez pas ! Je reviendrais volontiers sur des points de détails, et peux aussi vous donner d’autres exemples de mises en pratiques que Cendrillon, plus adaptés au milieu professionnel ou scolaire.

      • Bernard Lamailloux

        Ben, déjà, si ça le fait pour Cendrillon,ça doit le faire pour plein d’autres choses, non ?

        Cela dit j’accepte avec enthousiasme de recevoir vos autres exemples de mises en pratiques :-) C’est quand vous voulez :-)

        Et encore bravo. Franchement, lire votre prose est à chaque fois un ballon d’oxygène !

        • http://laurenecastor.com/ Laurène Castor

          Ok :) Je vais préparer d’autres exemples :)